La tercera volta
Trois fois...Depuis 1999, j'ai vu le Soleil par trois fois s'éteindre. Je pense à cela alors que les nuages commencent à sérieusement envahir tout le ciel, nous dérobant peu à peu un croissant en pleine croissance. Natalia et Yana ont prévu bières (russes) et zakouslies (hareng séché, charcuterie, cornichons géants ou concombres nains à croquer en buvant et devisant. Ici, en Russie, on ne boit jamais sans manger quelque chose en même temps) pour célébrer la rencontre céleste. On discute. Nous sommes contents de nous. Pourtant, on n'y est pour rien, c'est la Lune qui a tout fait.
Je me sens privilégié, avec ces 3 éclipses. Quand, à chacune d'elle, je me demandais si j'en verrai une autre, si je vivrai à nouveau ces instants rares et précieux.
La première, cela avait été à l'arrache, sur un bord d'autoroute, après avoir pris la décision face aux nuages de quitter Compiègne où tout semblait bien organisé pour l'évènement. Nous avions trouvé le ciel bleu un peu au Sud, mais en limite de la zone de totalité.
D'où une éclipse brève, de quelques secondes, dans un cadre béton et bitume d'aire d'autoroute. Je me souviens du vent, du froid, des oiseaux qui volent bas puis se taisent à l'approche fatidique. De l'assombrissement, mais pas de la nuit. De mon coup d'oeil très rapide aux jumelles pour voir la couronne.
Plus tard, en rentrant sur Paris, nous nous disions qu'il fallait revoir cela. Mais quand, et où ? Je n'en avais aucune idée. En ce temps là, je n'avais pas goûté au miel de l'observation céleste régulière. Ma première lunette devait encore attendre 4 ans. Mais sans doute un virus s'était discrètement infiltré quelque part dans mon cerveau.
La seconde a été la merveille de plus de 3 minutes en Cappadoce, que j'avais racontée sur Webastro. Longue (quoique...) et spectaculaire.
Celle-ci fut encore différente. Plus tourmentée, plus intérieurement intense, moins extravertie...Plus
slave, quoi...
Sur l'aire d'autoroute, il y avait le monde que vous pouvez imaginer. En Cappadoce, sur la butte où nous étions installés, d'autres groupes. Ce n'était pas les masses importantes concentrées dans le désert Libyen, mais plusieurs groupes d'à chaque fois une dizaine de personnes, répartis ça et là sur la colline.
Ici, en Altaï, nous étions seuls. L'organisateur nous avez prévenus que le choix de la steppe sèche (plutôt que les paysages à lacs, cascades et rivières de la république de l'Altaï, plus à l'Est, où nous avons passé la suite du voyage), et de buttes isolés dans la plaine nous amèneraient probablement à ne pas être seuls. Ce qui n'a pas été avéré. Une chance finalement, car cet « isolement » a conféré un caractère particulier, un peu intimiste, au phénomène.
Donc trois expériences, trois éclairages très différents. L'éclipse solaire proprement dite pour la première. Le spectacle grandiose pour la seconde. Le ressenti intérieur émotionnel de la nuit pour la troisième. Résumé très sommairement, à vrai dire.
Je rêve maintenant de la suivante. Je la voudrais sèche et claire, sur un désert de dunes, dans un ciel bleu intense dégagé du moindre nuage jusqu'à ses extrémités. Comme peut-être celle de 2006 telle qu'elle a pu être vue en Libye.
Mais on ne décide pas de la conduite des astres et des nuages...