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CATLUC

Tranche de vie

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Bonjour

Sur un forum ULM j'ai raconté cette journée. Autant vous en faire profiter.

Bonnes lecture et journée.

Luc

Décollage en marche arrière Orange 12 mai 1996.

En 1996 la journée portes ouvertes de la base d'Orange tombait le même jour que mon anniversaire le 12 mai.
Sachant que des avions de Carpentras y étaient admis je me suis dit que je pourrai aussi y aller avec ma Moto du Ciel mais les ULMs n'étaient pas autorisés.
J'avais quand même un gros atout à jouer.
En 1979 après une préparation militaire pour pouvoir être sur la base d'Orange j'y arrivais comme marqueur aux opérations.
Étant un spotter à mort depuis gamin, je connaissais quasiment tous les avions du monde.
Une demi-heure après mon entrée dans la salle d'opération un des officiers de renseignement (OR) qui préparait un test recognition demandait au capitaine pilote qui était de permanence opérationnelle de reconnaître un appareil.
Aucun des deux n'y arrivant je dis au collègue qui me formait que je connaissais tous les avions. L'OR me présenta la feuille de test avec une vingtaine de petites photos que j’identifiais en quelques secondes. 
Pour lui il fallait quasiment la journée. Le colonel des opérations ayant vu la scène à travers les vitres de son bureau fit signe à l'OR de venir puis ce fut mon tour et il me proposa en plus de mon travail de marqueur de faire fonction d'OR pour les avions.
Je me retrouvais le seul 2ème classe avec fonction d'OR de l'Armée de l'Air. Le lendemain je suivais mon premier briefing d'escadre où tous les pilotes me regardaient d'un air surpris en entrant dans la salle, les appelés non officiers y étaient interdits. Le colonel me présenta en tant que spotter les autres OR ayant fait à Évreux, un la formations bateaux et l'autre matériels terrestres.
A partir de là tous les matins j'avais une trentaine de pilotes à qui j'apprenais à reconnaître les divers avions qu'ils pourraient rencontrer pendant leurs missions.
Cela m'a permis de me balader librement sur la base avec mon appareil photo il me suffisait d'appeler la gendarmerie et les cocoyes pour m'installer le long de la piste. 
Je fis plus d'une quinzaine d'heures de vol sur Broussard, Transall, Puma, Alouette 3 que j'ai pu piloter un moment ainsi que les Fouga et T33. En cachette j'allais faire du simulateur à la place des jeunes pilotes jusqu'à réussir décollages, interceptions radar et tirs missiles. Quand un des colonels le sut, certains prirent une gueulante mémorable et moi que j'avais la chance qu'on ait pas de F1 biplace sur la base car il m'aurait mis dedans pour voir ce que j'avais appris, zut. 
Une semaine plus tard allant dans son bureau il me demanda si je ne voulais pas devenir pilote. C'était mon rêve depuis longtemps mais ayant raté mon bac et ayant une entreprise familiale j'avais abandonné cette idée. 
Il m'expliqua qu'en fin de compte l'armée n'avait qu'à m'apprendre à piloter car je savais dans plusieurs domaines plus de choses que les jeunes pilotes. C'est moi qui avais fait les comparaisons des courbes de combats et les synthèses entre les F1, les F15 de Bitburg et les F5 des agressors. Il me proposa de passer les tests et m'envoya m'inscrire à l'administration. Mais j'avais dépassé la limite d'âge de quelques mois, pas trop de regrets quand même vu l'état des pilotes après certaines missions. 
Je terminais mon service avec le grade de sergent et on me proposa d'entrer dans les renseignements militaires. Jeune marié je ne me voyais pas trop dans les pays de l'Est. 
Le colonel m'informa que si un jour je voulais quoi que ce soit de la base il suffirait que je demande qu'on regarde mon dossier militaire vu les services rendues.
Ce n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd.
Donc quelques jours avant le meeting je contactais l'officier des relations publiques. Refus courtois mais ferme. Je lui demandais juste de contacter le chef d'état major des armées avec mon nom. 
Le lendemain il me rappela en me disant qu'il ne savait pas ce que j'avais fait mais qu'il avait mon autorisation. Le général Douin chef d'état major des armées était celui qui m'avait proposé de devenir pilote.
Ayant mes dérogations aux règles de l'air valides je lui proposais de tirer une banderole avec "SOYEZ LES BIENVENUS SUR LA BA 115" avant le début du meeting.
Le 12 mai la météo prévoyait un peu de vent. Comme il fallait être arrivé avant 9 h sur la base, je décollais de Coustellet à 8 h pour faire les 37 km tranquillement. Travers Monteux ma vitesse sol diminua sensiblement, à Sarrians ce fut pire et à Jonquières je n'avançais presque plus. La tour m'informa qu'ils n'attendaient plus que moi et que je pouvais prendre mon temps. Après une finale très longue pour les deux kilomètres restant à faire , une « dégueulante » me plaqua au sol sur la barrière d'arrêt d'urgence seul un grand coup de gaz m'évita la casse. La tour me demanda de remonter la piste de 2 km je leur proposais plutôt de prendre le taxiway à ma gauche pour aller directement sur le parking. C'est en suivant la visa break orange du "follow me", manche à fond côté vent, que je passais devant les privilégiés qui avaient pu entrer avant 10 h et surtout sous leurs applaudissements. La Moto du Ciel faisait trapanelle par rapport aux jets alignés. En descendant de la Moto un pilote militaire de Salon qui devait venir avec son Mistral vient me voir pour me dire "chapeau je vous surveillais de ma voiture en arrivant". L'ULM se retrouva dans une hangarette devant trois pendulaires qui formaient une patrouille de démonstration.
Conduit à l'escale le capitaine me demanda d'attendre. Le briefing était prévu à 10 h, ayant une combinaison de vol militaire mais sans aucun grade les divers pilotes qui passaient me disaient bonjour. Un commandant d'escadron de la 5ème me reconnu (jeune pilote pendant mon service) et me demanda ce que j'attendais "mon laisser passer depuis 15 minutes" le capitaine de l'escale me le ramena dare dare en s'excusant et me conduisit au briefing. 
Dans la salle j'avais Catherine Maunoury à ma gauche et un pilote de 2000 à ma droite.
"Les parachutistes vous sautez ?", "négatif trop de vent", "les pendulaires ?", "négatif cause vent", "l'ULM avec banderole ?" , "j'ai déjà eu du mal à arriver alors je reste par terre" certains pilotes me firent un sourire ou un signe amical du pouce.
Dans les explications il y avait qu'il fallait reporter le point de toucher sur la piste cause dégueulante en entrée, je compris pourquoi je m'étais retrouvé sur la barrière d'arrêt.
Le ciel au cours de la journée passa du bleu au gris. En allant au repas au mess officiers j'avais les pilotes de la PAF devant moi et comme eux j'ai dû signer des autographes. Après l'ULM fut mis entre deux hangarettes bien attaché au sol pour le public. Il eu un certain succès surtout le bidon de mazout noir à bouchon rouge accroché sur le côté.
On me proposa de laisser l'ULM dans un hangar et de revenir le chercher dans la semaine un véhicule militaire pouvant me ramener à Coustellet. 
Je passais quand même à la météo pour avoir des infos on me certifia qu'à Salon de Provence il y avait quasiment pas de vent. En regardant par la fenêtre je voyais les peupliers bien bouger et me demandais où pouvait bien passer le vent entre Orange et Salon mais le sous officier était formel en me montrant son écran d'ordinateur : rien à Salon.
Vers 17h30 les appareils militaires quittaient la base, les avions de Carpentras rentraient au nid et moi je décidais de faire pareil. 
Après ma pré-vol je demandais à des militaires de tenir les ailes puis je détachais l'ULM et le démarrais à la main. Essai moteur et appel à la tour pour décoller. "Orange de l'ULM Charlie Tango je voudrais décoller", le contrôleur "pas de visuel sur vous en bout de piste", "normal je suis sur le parking", "euh... vous me confirmez que vous voulez décoller du parking", "affirmatif trop de vent pour roulez", "un instant je m'informe", "vous avez assez de place ?", " oh oui 5 mètres suffiront", "sous votre entière responsabilité autorisé au décollage vent 28 noeuds, rafale 38 du 010" le vent était dans l'axe mais je me demandais toujours où il pouvait passer entre Orange et Salon de Provence. Je fis signe aux militaires de s'écarter, un civil filmait et je poussais le levier sur le sommet du manche. En 2 mètres je me retrouvais en l'air avec la base qui partait vers l'avant.
Je savais que l'ULM était très solide (merci M. Humbert) mais pour la deuxième fois de ma vie de pilote je sentis que j'avais fait une bêtise, je voyais sur le bord d'attaque le métal qui se creusait entre les nervures, la base s'éloignant devant moi diminuait de taille à mesure que je montais, le manche par deux fois m'échappa des mains, en bas les champs de blé ressemblaient à la mer avec ses vagues.
Vers 1500 pieds la tour me demanda si j'avais l'intention de traverser les axes car deux Mirages 2000 devaient arriver, "OK maintenant" j'étais toujours en marche arrière quand je décidais de virer à droite et là je pris le TGV. Gardant toujours le nez vers la carrière à l'entrée de la vallée d'Apt, en quelques minutes j'y étais. Y entrant je me retrouvais en marche arrière mais maintenant il fallait descendre dans les rabattants des Monts du Vaucluse. Gaz réduits j'avais bien moins de défense, le nez une fois vers le haut une fois vers le bas, je voyais les regards anxieux des conducteurs sur la nationale, à cet instant j'étais quasiment sûr de me crasher.
Regardant les bouts des ailes je demandais aux anges de ne pas me lâcher.
Le terrain dépassé avec une dérive de plus de 90° je remettais les gaz et l'appareil redevint pilotable, ça remuait bien moins. Les rouleaux passaient au-dessus de moi. La finale se fit au ras du sol avec peu de turbulence malgré la manche à air bien horizontale en haut de son poteau. Posé, je soufflais quelques minutes avant de descendre de l'appareil. Surpris de constater que l'air était assez calme autour de moi, j'ouvrais le hangar, rentrais la machine et quittais le terrain. J'étais en nage malgré la fraîcheur de l'air ambiant. Je passais chez Jean mon copain qui me demanda si les militaires m'avaient ramené. En regardant le sommet des arbres il ne voulait pas croire mon histoire et me rappela que j'avais toujours du « bol ». J'étais d'accord avec lui ma veine habituelle ne m'avait pas quitté. 
Le mercredi suivant, journée des collèges à salon de Provence y allant avec un collègue journaliste j'en profitais pour passer à la météo : Je racontais mon histoire et le météorologiste me dit : "Ils sont abrutis à Orange ils savent bien que le dimanche on est fermé et qu'ils ont la météo du vendredi ou du samedi dans l'ordinateur...

Je vous renvois vers ce film du meeting où on voit le vent dans les arbres. https://www.youtube.com/watch?v=sd1N_ChKttQ 

 

Dans le film "Orange est vert" https://www.youtube.com/watch?v=wgQqTfe6puw on me voit un peu à 8.53 pendant le briefing (j'étais bien jeune). Un gros plaisir de revoir tous les pilotes
que j'ai connu. C'est moi qui ai accompagné l'équipe de repérage avant le film. Le capitaine Chaminade l'officier sécurité des vols qui commente le film d'éjection a mis exprès en place pour moi un vol en T33 
d'une durée d'1h45 car la veille après mon vol en Fouga Magister de plus d'une heure, des pilotes sont venu voir comment j'allais et si j'étais content. Je leur répondis "oui mais celui là est bien plus 
gros" en leur montrant le T33 à gauche du Fouga, on me répondit que j'avais beaucoup de chance d'avoir fait du réacteur et qu'il fallait pas exagérer.
Le lendemain à la fin du briefing le capitaine Chaminade me dit d'aller à la médecine. "Pourquoi je vais bien", avec un clin d'oeil il me répondit "visite siège éjectable".
mais tout ça c'est une autre histoire.
Un moment amusant du repérage fut quand ils voulurent voir s'ils pouvaient mettre une caméra sur la raquette pour filmer les F1 au décollage de l'arrière.
Ayant vu que deux patrouilles devaient décoller je les ai amenés près de la piste avec la fameuse 4L. Je leur ai dit qu'ils risquaient d'avoir chaud là où il voulaient mettre la caméra à 100 m derrière les avions.
Les pilotes en passant devant moi arrêtaient leur mirage en me montrant l'équipe de TF1. Je leur signalais de continuer, plusieurs m'ont fait signe pour dire "tant pis" en rigolant.
Quand les F1 ont mis la PC j'ai vu l'équipe partir en courant dans la pente avant la piste. Ils ont eu bien chaud et en fin de compte la caméra a été mise sur le toit d'un camion près de la clôture bien plus loin.

 

Luc CATHALA

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