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    Orion Optics 300/1200

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    Je vous présente en guise de test le bilan de trois ans avec mon Orion Optics 300/1200. J'ai suivi en gros le même plan que mon test du Dobson Kepler 200/1200.

    1/ Suis-je objectif ?

    Je ne sais pas, j'essaie ! Dans ce qui suit, il ne faudra pas perdre de vue que j'ai acheté ce télescope alors que j'étais déjà relativement expérimenté en observation visuelle du ciel profond (par exemple, je savais pointer avec un chercheur), que je possédais une voiture, et que je ne suis pas un fan des grands champs (dans M42, je préfère plonger autour du Trapèze...) Certains "défauts" comme le manque de dispositif de pointage, la taille du tube optique ou la coma important à partir de 1° de champ, me sont donc complètement passés inaperçus (pour la coma, non, j'exagère un peu...)

    2/ Le tube optique Orion Optics 300/1200.

    En septembre 2001, je décidai d'arrêter l'imagerie CCD et revendai tout mon matériel. Depuis 1999, je rêvais en regardant les Dobson Obsession et je souhaitais me remettre à l'observation visuelle, mais avec un plus gros diamètre que 200 mm. J'étais donc désormais sans télescope en attendant de me décider. Avril 2002 : la très belle comète Ikeya-Zhang me décide à acheter un Dobson Kepler 200 mm en attendant... Noël 2002 : je décide d'acheter un télescope "intermédiaire" en attendant le 500 mm de mes rèves. Après plusieurs mois de recherches sur Internet, et compte tenu de mes finances, mon choix se porte sur l'Orion Optics 300/1200, que je commande début juin. Il arrivera chez moi non pas début juillet, comme prévu, mais fin juillet, parce qu'Orion Optics avait oublié de me faire payer le transport... C'est donc en plein pendant mes vacances dans le Lot que le 300/1200 est arrivé (je l'y ai fait suivre). Entre temps, j'avais acheté une monture EQ6 et un contrepoids supplémentaire.

    Le tube 300/1200 est fabriqué en Angleterre par Orion Optics, optique comprise. Plusieurs options étaient alors disponibles, j'ai choisi :
    - l'aluminure HiLux, qui venait juste de sortir ;
    - une optique taillée à lambda/8 ;
    - un chercheur droit (et non coudé comme prévu en standard).

    Le tube a été livré avec ses colliers, la "barre" qui s'encastre dans la tête de la EQ6 (queue d'aronde mâle), le chercheur, et deux capuchons noirs en plastique (un devant, un derrière). Le tout, si j'en crois l'étiquette collée sur le carton, pèse 12,7 kg. Étonnant pour un 300 mm !

    Personnellement, j'ai peu apprécié la "légèreté" de l'emballage (carton peu épais, peu de protection à l'intérieur - d'ailleurs un des deux capuchons noirs a été détruit pendant le transport en frottant contre un des supports en mousse). Les capuchons noirs sont de la camelote totale : ils s'abîment en quelques minutes car leur diamètre est un poil plus faible que celui du tube. L'autre a survêcu à moitié abîmé un peu plus d'un an, puis j'ai demandé à Orion Optics qu'ils m'en livrent un autre lorsque j'ai commandé un second jeu de colliers (ils me l'ont d'ailleurs offert). C'est toujours la camelote habituelle et il est à moitié abîmé à nouveau.

    Les colliers sont de bonne qualité. Ils épousent bien la forme du tube et il y a de la feutrine à l'intérieur. Mais les deux vis de fixation sont de la camelote. J'ai en effet fini par casser l'une des deux (ce qui a rendu le collier inutilisable) au bout d'un an seulement, à force d'ouvrir et fermer les colliers. Moralité : il vaut mieux laisser le collier fixé une fois pour toutes autour du tube.

    Le tube est léger, trop léger dirons peut-être certains. Il donne une impression de fragilité. De plus son diamètre est plus petit que celui d'un 300 mm classique : Orion Optics n'a pas respecté la nécessité de laisser de la place autour du miroir afin de faciliter les échanges thermiques.

    Le barillet est une honte : trois points seulement, et placés au pire endroit qu'on puisse imaginer : près du bord extérieur du miroir. Ce problème a été abordé maintes et maintes fois, moi-même j'ai demandé à Orion Optics s'ils comptaient commercialiser un nouveau barillet que j'aurais été prêt à acheter... mais non, ils ne comprennent visiblement pas. Quoique, il paraîtrait qu'ils vont améliorer ça, d'après ce que j'ai cru comprendre. Quel est le problème ? Un miroir de 300 mm peut se contenter d'un barillet 3 points à condition d'être suffisamment épais, ce qui n'est pas le cas de l'Orion Optics. De plus, les trois points doivent être situés à une distance précise du centre (à 40% du rayon). S'ils sont trop proches, c'est mauvais. Mais le pire, c'est s'ils sont près du bord du miroir, comme c'est le cas sur le mien. D'après le logiciel Plop, le barillet ajoute une erreur PTV de lambda/4 (si les trois points avaient été bien placés, la contribution du barillet serait de lambda/12). En ajoutant le miroir à lambda/8, le total est donc environ lambda/3 (au lieu de lambda/5 avec 3 points bien placés). Remarque : ç'aurait été encore pire avec un miroir taillé à lambda/4. Ces chiffres peuvent effrayer, mais attention :
    - lambda/3, c'est uniquement si l'erreur maxi du miroir coïncide avec l'erreur maxi due au barillet, ce qui est peu probable. En terme d'erreur RMS (moyenne quadratique), ça fait moins peur.
    - L'erreur du barillet joue uniquement lorsqu'on pointe au zénith, ensuite elle diminue et - théoriquement - n'intervient plus quand on pointe l'horizon).

    Mais quand même, ce n'est pas difficile de placer les trois points à 40 % et non à 80 % du rayon !

    Le télescope était fourni avec un "diplôme" sur papier glacé : les spécifications du miroir, avec un diagramme de Ronchi. Le miroir a été mesuré à lambda/8 (pile poil). Une autre feuille indique la courbe de transmission du HiLux : on voit qu'elle culmine à 97 % et - surtout - ne descend jamais sous les 90 %. C'est excellent !

    L'été 2004, j'ai eu l'occasion de faire contrôler le miroir par un spécialiste indépendant. Il s'avère que le primaire n'est qu'à lambda/6,5. En fait, c'est parce qu'Orion Optics le mesure dans le rouge : la valeur de lambda est plus élevée, ça donne des valeurs plus flatteuses qu'une mesure dans le visible. L'état de surface a été jugé bon : d'après ce que j'ai compris, c'était plutôt une bonne surprise, en tout cas l'atout principal de ce miroir. Par contre, on a découvert que l'aluminure avait un nombre important de minuscules piqûres (visibles en éclairant le tube par l'avant et en regardant derrière le miroir - ce sont des points non aluminsé). Ce défaut n'a absolument aucune incidence sur les images, car ces points représentent une fraction infime de la surface du miroir. Mais lorsque l'aluminure vieillira, il paraît que ça contribuera à la détériorer plus vite. Il est possible que ce problème n'existe que sur mon miroir, qui a été un des premiers "hiluxés" (la technique étant nouvelle, peut-être n'avaient-ils pas vu ce défaut au début ?) car j'ai cru comprendre que les autres miroirs "hiluxés" de ma connaissance n'ont pas ce défaut.

    Le bilan provisoire (avant observation) de tout ça, c'est qu'Orion Optics donne l'impression d'être une petite boîte qui maîtrise parfaitement la réalisation des optiques, mais qui bâcle pas mal de détails (j'ai entendu d'étonnantes histoires sur la façon dont ils expédient leurs miroirs). Heureusement, ce sont les points les plus importants qui sont maîtrisés. De toute façon, si les détails de finition étaient au top niveau, le télescope aurait coûté bien plus cher, et je n'aurais pu me payer qu'un 250 mm. Or un 300 mm entouré de camelote (bouchons, vis des colliers, barillet, porte-oculaire) montre de plus belles images qu'un 250 mm à la mécanique de top niveau.

    3/ La collimation.

    La collimation tient moins bien que sur mon Kepler 200/1200. Il est vrai que le télescope est ouvert à F/4. Mais elle est très simple à réaliser, grâce aux système de vis (peut-être la réalisation la plus soignée du télescope !) Il y a trois petites vis qui se tournent à la main (ou avec une clé, mais c'est inutile) pour déserrer, et trois grandes vis rondes aisées à manipuler (à la main) avec une grande précision pour orionter le miroir. Une fois que c'est fait, on resserre les petites vis. Le cheshire est une aide précieuse, à condition de comprendre que le miroir secondaire doit être décentré (normal sur un télescope ouvert à F/4). Ce qu'on doit centrer n'est donc pas le secondaire, mais le point d'intersection (fictif) des quatre branches de l'araignée (qui, elles, sont centrées).

    Ah oui : pratique, cette araignée à quatre branches, elle permet de faire une mise au point précise en utilisant les aigrettes de diffraction d'une étoile brillante.

    4/ Quelle monture pour ce télescope ?

    Le tube est suffisamment léger pour être aisément transportable, et suffisamment court pour être posé sur la banquette arrière de la plupart des voitures. Dans ma Kangoo, il y a de la place pour y poser le carton complet (sans forcer). À présent, je préfère transporter juste le tube, tenu par les ceintures de sécurité.

    Il est suffisamment léger, également, pour tenir sans problème sur une EQ6. Un 300/1500 chinois pèse environ 20 kg et fait environ 1m50 de long : c'est déjà beaucoup plus compliqué. Si cette configuration permet d'observer avec un moteur de suivi, et éventuellement avec un pointage automatique (avec le SkyScan - que je n'avais pas acheté vu qu'il n'existait pas à l'époque, et puis ça ne m'intéresse pas...), elle présente quelques inconvénients liés à la taille du tube :
    - Observation debout.
    - Il faut souvent tourner le tube dans ses colliers. L'astuce consiste à positionner le tube pour une certaine région du ciel et à s'y tenir.
    - Au zénith, il est possible que le tube butte contre la monture.
    - Il faut trois contrepoids : penser à en acheter un en plus, car la EQ6 n'est livrée qu'avec deux.

    En août 2004, j'ai craqué : l'une des deux vis des colliers ayant cassé, j'ai commandé la monture Dobson vendue par Teleskop-service. Avec cette monture (superbe et très chère - environ 600 €icon_wink.gif, on utilise les colliers du tube comme tourillons. Ainsi, ils sont fixés une fois pour toute : je ne risque plus de casser la nouvelle vis (en fait, on peut les désserrer pour orienter différemment le tube, par exemple pour mettre l'oculaire à l'horizontale, ou à la verticale, mais j'ai trouvé une position qui me convient en toute circonstance et je ne change plus rien). L'utilisation de cette monture a été pour moi une délivrance ! Enfin observer assis ! Et l'ensemble est très léger : je peux porter le tout à bout de bras. Connaissez-vous un autre télescope de 300 mm qui pèse au total moins de 20 kg ? Le seul inconvénient, c'est le système de roulement à billes de la mointure pour le mouvement en azimut : dès qu'il y a un poil de vent, ça bouge... En cas de rafales, on a l'impression qu'un Goto fou vient de s'enclancher... (ça m'est arrivé une fois d'observer par grand vent, j'ai fini par remballer !) Avec la EQ6, c'est autrement plus stable !

    À noter que j'ai gardé provisoirement la EQ6, pensant m'en servir pour le planétaire, mais finalement elle ne m'a plus jamais servi et je m'en suis séparé.

    5/ L'équipement

    Je n'ai pas encore parlé du porte-oculaire et du chercheur...

    Le porte-oculaire est une crémaillère bas de gamme, une bouse au regard de ce qui existe aujourd'hui. D'ailleurs il me semble qu'ils proposent maintenant un vrai porte-oculaire. N'empêche qu'il est utilisable... si on a appris l'astronomie avec la crémaillère d'un 115/900 (par exemple). C'est l'exemple typique de la camelote qui explique le prix bas de ce télescope. J'ai fini par le remplacer par un oculaire MoonLite. Il m'a fallu acheter une rallonge, car le foyer est sorti assez loin (sans doute pour permettre la photo). J'ai mis du temps à me décider : c'est en essayant le MoonLite d'un ami que j'ai pris conscience du gouffre, en matière de qualité, entre la crémaillère d'origine et un porte-oculaire digne de ce nom. Inconvénient : il a fallu faire deux nouveaux trous car MoonLite ne fait pas de système d'adaptation pour Orion Optics. Je crois que j'ai dû prendre un Skywatcher pour avoir la bonne longueur (à défaut de la bonne largeur).

    Quant au chercheur 50 mm... Ils m'ont livré le coudé, contrairement à ce que j'avais demandé, et il s'est produit ce que je craignais : je ne m'y suis jamais fait. On ne peut pas viser avec ! (ceux qui aiment les chercheurs coudés, à mon avis, ne savent pas pointer smile.gif : on pointe en visant, comme dans un Telrad qui grossirait.) Et l'inversion miroir ne permet pas de faire du cheminement d'étoiles à partir d'un atlas, sauf à se faire des noeurs dans le cerveau. J'ai surnommé cet engin « le chercheur-qui-rend-fou ». Autre inconvénient : le système de réglage est l'antique système à trois vis. Ah, comme je regrette le système des excellents chercheurs chinois ! J'ai remplacé le chercheur-qui-rend-fou par un chercheur 50 mm chinois.

    Le chercheur est fixé sur queue d'aronde, donc on peut l'enlever sans perdre l'alignement (mieux vaut quand même contrôler). Quand même un bon point... Par contre, elle est incompatible avec celle des chercheurs chinois. Mon nouveau chercheur est très bien, mais j'ai dû garder le collier à trois vis, car le collier du chercheur chinois ne rentre pas dans la queue d'aronde. Ou alors il faudrait que je creuse des trous dans le tube pour fixer la queue d'aronde chinoise. Un jour je le ferai peut-être...

    6/ Et les observations, alors ?

    Ah oui, il serait peut-être temps d'en parler ! smile.gif

    Avant de rentrer dans les détails, je me contente ici de deux remarques :

    - Théoriquement, on gagne 0,9 magnitude entre un 200 mm et un 300 mm. Le HiLux permet probablement d'en grapiller quelques dixièmes supplémentaires. Du reste, j'ai eu confirmation de son efficacité en pratique par quelques témoignages, et même une comparaison entre mon tube et un autre 300/1200 non "hiluxé".

    - En pratique, l'impression est peu spectaculaire dans un premier temps. Le passage du 200 mm au 300 mm permet de voir plus facilement ce qui est à peine deviné au 200 mm. Mais en réalité la différence est nettement plus importante qu'il n'y paraît à première vue. D'une part, le passage inverse, du 300 mm au 200 mm, donne aussitôt l'impression qu'on ne voit pas grand chose dans un 200 mm... Mais c'est surtout l'habitude d'observer dans le 300 mm qui finit par convaincre que ce diamètre est d'un autre calibre que le 200 mm.

    Je me souviens d'une séance d'observation lors de l'été 2005. Il y avait Jeff Hawke et son Kepler 200 mm, Epsilonzéro et son 200 mm fait maison, ainsi qu'un troisième ami avec un Orion XT10. Le passage de 200 mm à 250 mm, puis de 250 mm à 300 mm, ne laissait pas une impression extraordinaire. N'empêche, le satellite géostationnaire que nous avions tous suivis pendant quelques minutes, j'étais le seul à la voir entre ses clignottements.

    7/ Les observations mémorables.

    Lors de sa première lumière, j'ai eu des images très belles de quelques astres du ciel d'été que je n'avais jamais vus aussi beaux jusqu'alors, notamment M17 (devenue dès lors ma nébuleuse préférée - en attendant M42 l'hiver prochain) et NGC 891 (au 200 mm elle est faible et difficile, au 300 mm c'est une des vedettes du ciel profond, enfin !) Mais, après un automne calamiteux, c'est un avril que j'ai eu mon premier choc. D'autres "chocs" ont suivi, que voici narrés :

    - L'historique nuit de Pâques 2004. Je pointe M51... et je vois ses bras en vision directe. C'est la première fois que je vois les bras spiraux d'une galaxie. Et facilement ! Et en entier ! Pour moi, cette observation est aussi mémorable que mes premiers anneaux de Saturne. Je me souviens m'être dit cette nuit là : voilà, c'est pour voir ça que j'ai acheté ce télescope !

    - Treize jours plus tard... je pointe M13 (j'avais négligé les amas globulaires lors des deux premières nuits de l'été précédent). Ce ne sont plus 50 étoiles faibles, mais 100 étoiles dont 50 plutôt brillantes, faciles (pas de vision décalée !) et blanches. Et fines ! Ce soir là, j'ai compris que M42 n'est pas le seul objet plus beau en visuel qu'en photo. M13 aussi, car sur les photos les étoiles en sont jamais aussi fines (normal : en longue pose on n'atteint pas la résolution théorique du télescope). Les amas globulaires sont des astres pour lesquels un gain de quelques dixièmes de magnitude se voit très bien, du fait du très grand nombre d'étoiles (plus exactement, c'est parce que les plus brillantes d'entre elles sont rangées sur la branche horizontale), ce que la pratique a toujours confirmé.

    - Novembre 2004. L'hiver précédent, les nuits claires avaient coïncidé avec la Pleine Lune et m'avaient empêché d'apprécier M42. Cette fois, j'observe M42 par une nuit sans Lune, et c'est fan-tas-tique. Elle est bien sûr verte, mais il y a des nuaces dans le vert, par ci un vert plutôt clair, par là un vert un peu plus foncé. Je détecte (difficilement) la couleur ocre du bord sud-est de la région centrale. Cette dernière est indessinable, tant il y a de détails. Le filtre OIII montre la "boucle" de 1° qui rejoint Iota Orion. Même M43 montre des détails. Et la région centrale ! Quel plaisir de s'y plonger à fort grossissement avec un oculaire à grand champ. M42 est de loin le plus bel objet du ciel profond pour le 300 mm. Cet hiver là, j'avais décidé de le dessiner, j'ai vite laissé tomber ! smile.gif

    - Juin 2005. Il a fait très chaud toute la journée. Je sais bien que ma terrasse en pierre, surchauffée, va restituer sa chaleur au ciel dès qu'il fera plus frais, à la tombée de la nuit, ce qui est très mauvais pour la stabilité des images. Mais comme j'ai prévu de tenter un dessin lunaire, pour lequel la turbulence m'arrange (sinon il y a trop de détails smile.gif ) je sors le télescope dès le coucher du Soleil. Il fait jour, et très chaud. Il va faire très chaud jusque la tombée de la nuit, d'où un équilibre thermique qui explique sans doute ce qui s'est passé. Je pointe la Lune... indessinable ! Jamais je ne l'ai vue comme ça, et je m'en suis rendu compte aussitôt. Alors j'ai pointé Jupiter. La planète était absolument immobile devant un fond de ciel bleu. Ses détails étaient faciles et plus nombreux que d'habitude. C'était comme regarder une image webcam, mais à travers un oculaire. Je me souviens encore de la Tache Rouge, avec des détails à l'intérieur, des nuances dans le rouge (plutôt couleur saumon)... Plein de petites taches dans les bandes... Et Jupiter qui ne bouge absolument pas (à part qu'elle défile à l'oculaire). Ça a duré un peu plus d'une heure, puis les images ont commencé à tremblotter légèrement (tout en restant plus stables que d'habitude).

    - Octobre 2005 : Mars est presque en opposition, le ciel vient de se stabiliser (sans atteindre le niveau du ciel raconté plus haut). Et alors, je vois pour la première Mars comme sur la carte. Jamais je n'avais espéré voir autant de détails sur la planète rouge. De plus, ils restent dessinables. Le Lac du Soleil est bien visible, bien contasté, c'est la première fois que je le vois. J'aurais une autre soirée aussi stable en novembre, mais c'est cette soirée d'octobre qui est mémorable parce qu'il avait fait moche auparavant, et que je n'avais pas vu Mars depuis le mois d'août. Cette image était donc incomparablement plus belle que toutes les Mars vues depuis 20 ans. Et désormais, je sais que la plus intéressante des planètes, ce n'est ni Jupiter ni Saturne, mais bien Mars !

    8/ Performances en ciel profond.

    Enfin le ciel profond montre des détails ! Enfin les nébuleuses évoquent les photos !

    - Amas ouverts : pas la peine d'avoir un 300 mm pour apprécier les amas ouverts. D'ailleurs le Double Amas y est décevant : on ne voit pas plus d'étoiles que dans un 200 mm (on les voit toutes, je suppose) et elles sont plus brillantes. Je n'aime pas. Mais le gain en magnitude limite permet de voir plus d'amas ouverts. NGC 2158, à côté de M35, est bien résolu. NGC 6603, au milieu de M24, aussi. M11 est encore plus beau qu'au 200 mm. Les amas pauvres dans un 200 mm peuvent devenir riches dans un 300 mm (NGC 1245 dans Persée par exemple). NGC 7510 est un très joli petit amas au 300 mm, alors que je ne l'ai pas trouvé au 200 mm.

    - Amas globulaires : voici les astres qui gagnent le plus lors du passage de 200 à 300 mm. La plupart des Messier sont résolus, ainsi que certains NGC (rares quand même). Sous un ciel bien transparent, M22 et M13 sont fantastiques et le nombre d'étoiles dépasse largement la centaine. Tous les amas présentent une personnalité différente : on reconnaît aussitôt M13 (régulier et condensé) de M5 (moins condensé) ou M3 (plus régulier que M5). Même M10 et M12, les deux amas jumeaux d'Ophiuchus, sont différents.

    - Nébuleuses diffuses : un filtre UHC ou OIII est très efficace sur un nombre non négligeable d'entre elles. Derrière M42, des nébuleuses comme M17 ou les Dentelles sont magnifiques. M17 montre pas mal de détails et ses faibles extensions, les Dentelles ont de nombreux filaments, et l'on peut les détailler avec finesse. L'écart avec le 200 mm s'est bien creusé. La Rosette est visible (et étonnante : pas si faible que ça avec le OIII, immense, et elle montre sa forme). Le Croissant montre des détails, alors qu'il était à peine visible au 200 mm. Des nébuleuses peu connues sont accessibles, comme NGC 7538 et même quelques Sh2 (mais à la limite).

    - Nébuleuses planétaires : le type d'objet pour lequel le passage de 200 mm à 300 mm est le plus spectaculaire. Ah, j'ai déjà dit ça à propos des amas globulaires. Ben pour c'est vrai aussi pour les nébuleuses planétaires. Au 200 mm, celles-ci montrent rarement autre chose qu'une petite boule floue. Au 300 mm, elles sont relativement nombreuses à montrer des détails. M27 montre de nombreux détails, M57 laisse parfois voir sa centrale... Mais ce sont des nébuleuses NGC moins connus qui sont mes préférées : NGC 7008, NGC 7026, NGC 7027 ou NGC 7040 dans le Cygne notamment. Le passage au 495 mm permettra de passer encore une dimension au-dessus, mais c'est déjà très intéressant, car enfin on voit des détails dans le ciel profond.

    - Deux galaxies montrent leur structure spirale : M51 en vision directe, M101 en vision décalée (peut-être encore plus belle que M51, mais plus faible). Pour d'autres, soit on la devine difficilement (M74, NGC 6946), soit on perçoit les amorces des bras (M77, M100). La plupart des galaxies restent malgré tout des taches floues. Le gain en diamètre permet d'en voir plus (1 magnitude de gagnée, c'est 2,5 fois plus de galaxie en théorie), ce qui donne des visions spectaculaires dans l'amas de la Vierge, et même l'amas Coma. Autre apport du diamètre : les galaxies dans un 200 mm, c'est souvent un bulbe et un disque. Cette fois, c'est plutôt un noyau central (ponctuel ou non), un bulbe, un disque et une extension faible du disque. Le diamètre apporte également un gain de résolution dans les objets faibles (c'est d'ailleurs ça qui explique la vision des bras de M51).

    9/ La vision des couleurs du ciel.

    Ce qui m'a vite frappé, c'est que les étoiles sont colorées. Pas toutes, bien sûr, mais il y a presque toujours une étoile colorée dans le champ. Les étoiles doubles brillantes montrent des nuances dans les couleurs. Certaines étoiles sont jaunes, d'autres jaunes-oranges, d'autres jaune-or, etc. Les petites nébuleuses planétaires sont ponctuelles à faible grossissement. Mais pas besoin d'une carte précise pour les identifier : on les reconnaît à leur apparence d'étoiles vertes ! La nébuleuse de l'Émeraude est un bon exemple, mais il y a aussi NGC 6891, et d'autres (la petite près de la Tache d'Encre par exemple). Albiréo est une vedette des petites lunettes, mais avec un 200 mm on a autre chose à faire que la re-pointer. Eh bien elle redevient une vedette au 300 mm, grâce à l'éclat de ses couleurs. Sur les étoiles doubles, les couleurs sont en effet nettement plus saturées qu'au 200 mm (je pense aussi à Gamma And). Il y a plein d'étoiles doubles colorées, et il y a plein de nuances de couleurs. J'arrive à distinguer le blanc bleuté du "blanc bien blanc" de certains couples dont les types spectraux sont presque identiques.

    10/ Performances en haute résolution.

    La différence avec le Kepler 200 mm est notable. J'ai parlé plus haut de Jupiter, mais c'est aussi le cas de Saturne. J'ai eu quelques images exceptionnelles en janvier 2005, avec notamment, une nuit, la division d'Encke perceptible durant moins d'une seconde à plusieurs reprises - c'était tellement court que j'aimerais quand même revoir ça une nouvelle fois pour confirmer. Cette nuit là, je n'ai observé que Saturne, tant elle était exceptionnelle. Du soir jusqu'à environ 3h du matin (en faisant des pauses pour me réchauffer à la maison...) Saturne est un globe en trois dimensions, il y a du relief. Son disque montre plusieurs bandes parallèles de faible contraste (ou plutôt, une bande principale qui se subdivise en plusieurs bandes plus ou moins claires) et une sorte de calotte colorée au pôle. Je n'ai jamais vu le disque à travers la division de Cassini, par contre. De plus, Cassini n'a jamais été auss contrastée qu'elle l'avait été lors d'une nuit exceptionnelle au Mewlon 210 mm.

    Mars, en octobre-novembre dernier, est une autre observation où l'écart s'est bien creusé avec le Kepler 200 mm. Il est vrai qu'elle était plus haute dans le ciel (bien qu'un peu plus petite). C'est en voyant Mars cet automne au 300 mm, puis au 495 mm, et en me souvenant de mes observations au Mewlon 210 mm et au Kepler 200 mm, que j'ai été convaincu qu'un plus grand diamètre permet toujours de voir plus de détails sur une planète. Qu'importe qu'il y ait de la turbulence, car il y a toujours des trous de turbulence ou des nuits plus calmes, et là c'est le diamètre qui parle.

    L'hémisphère sud de Mars était très intéressant, avec toutes ses formations sombres, tandis que l'hémisphère nord restait clair et presque uniforme. "Presque", car en faisant attention, on distinguait des détails. Je me souviens d'un soir où la rotation de Mars avait fait apparaître une zone blanche ronde, petite. Une fois de retour chez moi, je me suis aperçu qu'elle coïncidait avec le Mont Olympe. Sauf qu'elle était trop grande pour ça. J'ai appris quelques jours plus tard qu'il s'agissait en fait d'un nuage de brume accroché au Mont Olympe (similaire aux nuages qui s'accrochent à nos montagnes), ce qui explique son extension. Les jours suivants, on trouvait pas mal d'images amateurs montrant ce phénomène. C'est la première fois que je voyais la météo sur une autre planète !

    Au niveau des étoiles doubles, j'ai dédoublé une étoile à 0,8" dans le Petit Renard (difficilement) et je n'ai pas cherché à faire mieux, à part Gamma Virginis, mais elle était alors plus serrée que 0,5". Dzêta Cancri est détriplée, mais difficilement aussi.

    Quelle est l'influence du barillet ? Je ne sais pas trop... Comme je l'ai dit, c'est au zénith que le défaut intervient le plus, car alors le miroir pèse de tout son poids sur les points d'appui. On m'a montré comment détecter ça : en grossissant à fond, le disque d'Airy est légèrement "triangulisé". C'est difficile à détecter, mais visible. Je ne sais pas ce que m'apporterait exactement un barillet à 6 points (théoriquement largement suffisant). Le bricolage n'est pas compliqué, sauf qu'il faudrait refaire les pattes de fixation je crois. Du coup, j'ai laissé tomber. Peut-être que, comme pour le MoonLite, c'est de constater de visu la différence qui me déciderait ?

    11/ En résumé : que voit-on avec un Orion Optics 300/1200 ?

    - La couleur des étoiles, bien mieux qu'au 200 mm !
    - Des étoiles doubles jusque 0,8" au moins. Je ne suis jamais descendu plus bas mais je n'ai jamais trop essayé.
    - La magnitude 15,5 sur les étoiles, et un poil plus que 14 sur les galaxies (en gros, car ça dépend aussi de la magnitude de surface).
    - Avec un filtre UHC (mieux, OIII), les Dentelles montrent pas mal de filaments, certains se dédoublant, et la Petite devient aussi belle que la Grande. M42 est incomparable, mais bon, c'est trop facile !
    - Les amas globulaires de Messier sont pour la plupart résolus. M13 et M22 sont fantastiques. C'est là que l'écart avec le 200 mm se fait le plus sentir.
    - Les nébuleuses planétaires montrent enfin leurs détails. Pas toutes, mais une bonne vingtaine, dont pas mal d'annulaires.
    - Enfin on voit les bras des galaxies ! Du moins M51 et M101. C'est en regardant les galaxies, et en percevant à la limites certaines amorces de bras, que j'ai pris conscience qu'en visuel, il n'y a pas que des taches floues, et qu'un diamètre plus grand est très utile... (Avec un 200 mm, les galaxies restent un monde de taches floues, du coup on ne constate pas de visu l'intérêt du grand diamètre.)
    - Les comètes sont visibles au-delà de la magnitude 10.
    - Mars est ma planète préférées (devant Saturne ou Jupiter) lors d'une opposition favorable, et montre tous les détails des cartes, Jupiter demande un ciel très stable mais devient alors aussi belle qu'une image en couleur (ah, la Tache rouge saumonnée !), Saturne est moins exigeante (mais elle était déjà belle au 200 mm). On distingue pas trop difficilement Triton autour de Neptune, alors que deux satellites d'Uranus peuvent être visibles, mais à la limite. Pas de problème pour Pluton.

    12/ Que ne voit-on pas ?

    - Les canaux de Mars. smile.gif
    - Les plus belles images planétaires d'amateurs sont quand même nettement au-dessus de ce que montre l'Orion Optics.
    - Les galaxies ne montrent pas leurs structures en général, il faudrait 400 ou 500 mm pour améliorer ça...
    - Les petites nébuleuses brillantes, comme NGC 6543, restent difficiles à détailler. L'Émeraude, par exemple, n'est qu'une tache allongée d'un vert éclatant mais sans détail. Pareil pour NGC 6210 ou NGC 6543. C'est pour ces objets-là qu'un 500 mm devient intéressant !

    13/ Bilan.

    C'est clair, 300 mm est le diamètre qui permet de commencer à voir des détails dans le ciel profond (autres que quelques vedettes et les amas ouverts). "Commencer", seulement...

    + Télescope d'un très bon rapport performance/prix, si l'on accepte la camelote sur les points de détail. C'est un entonnoir à lumière, pas un objet de luxe.
    + Bonne qualité optique en pratique, malgré les craintes dues au barillet inadapté.
    + Le HiLux est efficace.
    + Système de collimation excellent.
    + Télescope étonnament léger pour son diamètre.
    + Le F/D très court est exploitable (mais il faut des oculaires adaptés).
    + Le miroir primaire est marqué au centre.
    + Orion Optics a tenu ses délais : ils m'avaient annoncé 1 mois de délai, et 1 mois jour pour jour après, ils m'annonçaient que le télescope était terminé et qu'ils allaient me l'envoyer.

    - Le barillet inadapté bride le miroir.
    - Finition exécrable de certains détails (impression de travail bâclé). 
    - Nécessité d'adapter ses oculaires au F/D très court (il faut en général des oculaires coûteux...)
    - Coma visible au bord d'un champ de 1° avec des oculaires adaptés, et intolérable avec des oculaires inadaptés.
    - Chercheur-qui-rend-fou en standard !
    - Système de réglage du chercheur par trois vis : beaucoup moins pratique que le système chinois.
    - Porte-oculaire bas de gamme (en 2003).
    - La mise en température peut être parfois assez longue (plus d'une heure).
    - Pas assez d'espace entre le bord du miroir et le bord interne du tube.
    - Tube plus petit qu'un 300 mm habituel : ses colliers ne sont donc pas utilisables avec d'autres modèles.

    Équipement conseillé :
    - Un "vrai" porte-oculaire.
    - Un dispositif de pointage adapté à l'observateur. Si c'est un chercheur, il serait bon de changer son support afin de mettre à la place un support de chercheur chinois (avec ses deux vis et le ressort).
    - Changer si possible le barillet.
    - Oculaires : des oculaires grand champ qui fonctionnent bien avec un F/D court. Exemple : TeleVue Nagler, Panoptic, Radian, Pentax XW, Baader Hyperion, peut-être les Antares SWA de courte focale mais je n'oserais pas (le 18 mm passait mal).
    - Filtre obligatoire pour la Lune ! (un double filtre polarisant est une très bonne idée). Pour les planètes, je n'en vois pas la nécessité, mais ça peut peut-être servir. Dans ce cas, choisir des filtres sélectifs.
    - Filtres interférentiels : un OIII sélectif (Lumicon), un UHC moins sélectif (Baader ?) devraient suffire. Un HBêta reste peu utile.

    14/ Moralité.

    Maintenant que j'ai un 495 mm, je garde le 300 mm ! En configuration Dobson, il est si léger, si rapide à mettre en place ! C'est un petit télescope d'appoint, pour les observations rapides.

    Un exemple : une nuit d'octobre 2004, j'avais observé sur ma terrasse (entre autres) deux ou trois comètes. En rentrant vers 6h le dimanche matin, je consulte Internet pour voir ce qui est dit à propos de ces comètes. Surprise : on vient de découvrir une nouvelle comète, appelée Tucker ! Elle est dans les Poissons. Le jour va bientôt se lever, les Poissons vont bientôt passer derrière les arbres, et la comète à présent s'éloigne. Et puis, fera-t-il beau le week-end prochain ? Je réfléchis 15 secondes (car j'ai sommeil), puis je mémorise rapidement le cheminement en regardant mon logiciel (Guide), et je ressors le télescope (un seul voyage, c'est rapide). Je pointe... la comète y est ! Plus facile que prévu, même (je crois qu'elle était de magnitude 11). Un dessin effectué en 10 minutes juste avant qu'elle ne plonge derrière les arbres, et je rentre. Ainsi, je me suis couché 15 minutes plus tard que prévu, mais j'ai pu voir la nouvelle comète. Si j'avais eu la EQ6, jamais je n'aurais pu l'observer (le temps d'installer le télescope), d'ailleurs jamais je n'aurais eu le courage de sortir à nouveau. Si j'avais eu 300 mm chinois non plus.

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