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Honsem: des vieilles connaissances, une nébuleuse à réflexion et des Sharpless à l'intensificateur pas encore vus tellement


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Ce matin, c'était la dernière occasion d'en profiter avant que la Lune ne vienne vraiment tout gâcher. Une Lune éclairée à environ 60 % se couchait à 00 h 55 : il fallait donc charger la voiture, aller dormir et régler le réveil.

 

Je suis finalement arrivé sur le site d’observation de Honsem à 00 h 28, juste à temps pour être en place à 00 h 55 pile. Le ciel était étonnamment limpide, même s’il y a tout de même un peu de pollution lumineuse à Honsem (mesure SQM-L de 20,6).

 

Matériel utilisé :

  • Canopus 508 mm f/3,72
  • APM Superzoom (15,4-77 mm) sur Paracorr, 140x-280x
  • Intensificateur Gen 3 à oculaire 50°, utilisation afocale sur TV67+Nexus (25x, rapport d'ouverture effectif sur photocathode f/1,04)
  • Intensificateur°, utilisation afocale sur Pan41+Nexus (42x, rapport d'ouverture f/1,7)
  • Intensificateur sur Nexus (69x, rapport f/2,8)
  • Intensificateur sur Paracorr (106x, rapport f/4,2)

Filtres :

  • Astronomik L1
  • IDAS LPS-D3
  • Altair Astro 4 nm double bande H-alpha/OIII
  • Chroma 3 nm H-alpha

Bien que cela ne soit pas mentionné dans le titre, j’ai tout de même commencé par les objets Messier estivaux que je n’ai pas encore beaucoup observés cette année.

M8, la Nébuleuse de la Lagune, reste un objet impressionnant dans l’intensificateur (et même dans l’oculaire en verre, bien que l’on y voit beaucoup moins de détails et uniquement la partie la plus brillante). Après avoir testé tous les grossissements, la partie centrale autour de la Nébuleuse du Sablier reste impressionnante, même à un grossissement assez important, avec de minces lambeaux de nébuleuse superposés, chacun avec sa propre luminosité surfacique, et ici et là de petits méandres noirs, plus beau que sur la plupart des photos (car sur les photos, c'est souvent un peu surexposés pour bien montrer les parties extérieures). Le filtre H-alpha+OIII rend la partie centrale plus lumineuse que les parties un peu plus éloignées, mais le contraste est moindre qu'avec filtre H-alpha (peut-être capte-t-on aussi pas mal de pollution lumineuse en OIII). Avec l’IDAS LPS-D3, la nébuleuse apparaît exactement comme dans les oculaires en verre et les contours du grand rectangle s’estompent, mais l’amas est bien mis en valeur… même si c’est encore plus beau dans l’oculaire en verre.


À un grossissement plus faible, une bande sinueuse part de M8 et mène à M20, la nébuleuse Trifide, qui supporte également assez bien un certain grossissement et qui est la plus belle avec un filtre H-alpha pur. Elle reste bien visible avec le filtre IDAS LPS-D3 sur le TV67; avec ce filtre au nord, on observe également une lueur diffuse autour d’une étoile (la nébuleuse par réflexion), avec des taches sombres entre la nébuleuse principale et cette lueur. Le nom "trifide" n’est en réalité pas tout à fait exact, car la fine nébuleuse sombre et quelque peu sinueuse qui traverse la nébuleuse principale présente une forme claire en >-<.
 

Je ne peux m’empêcher de jeter également un coup d’œil à M16; par expérience je commence avec l'intensificateur, et uniquement en « prime » (à 69x et 106x, avec Nexus et Paracorr). Avec un filtre double bande, on voit beaucoup moins bien le corps du large pilier oriental coiffé d’un « chapeau » qu’avec le H-alpha seul (il y a donc un peu de premier plan en OIII). Avec le H-alpha, le « chapeau » est chevelu, et juste en dessous se trouve un « > » peu contrasté. Dans le corps de ce pilier, on observe également deux bandes lumineuses extrêmement fines, perpendiculaires à l’axe. Avec le filtre double bande, le chapeau est plus lumineux, et le bord lumineux extrêmement fin du « doigt » situé juste à l’ouest est également plus net.

Fait frappant : d’est en ouest, les piliers sont de plus en plus sombres ; le large pilier oriental est d’abord à peine visible (on le reconnaît d’abord à son « chapeau » et ce n’est que plus tard qu’on remarque le reste), mais le petit appendice tout à l’ouest (relié à son voisin par un petit pont) est d’un noir d’encre. Étonnamment, les piliers sont encore tout justes visibles dans l’amplificateur de lumière résiduelle en utilisant juste l'IDAS LPS-D3, même si les parties extérieures de la nébuleuse disparaissent complètement et qu’on ne voit guère plus qu’avec un oculaire en verre et un filtre OIII. Avec un oculaire en verre et un filtre OIII, la zone des piliers ne ressemble qu’à un ✓ sombre sans beaucoup de détails.

 

Bon, passons au programme du jour.

 

Premier arrêt : NGC 7129, la nébuleuse du Bouton de Rose, sur laquelle je passe près d’une heure (!). Les parties les plus claires s’observent mieux avec un oculaire en verre (à environ 160x) qu’avec l'intensificateur (eh oui, ils ne sont pas insensibles au bleu, mais la vision nocturne humaine se débrouille très bien); ce dernier n’apporte qu’un tracé légèrement plus précis des taches sombres et des étoiles en plus. Heureusement que je garde un œil acclimaté à l’obscurité !
 

Au premier abord, la nébuleuse ressemble à une petite nébuleuse en forme de « C » autour de deux étoiles, dont l’une, dans l'intensificateur, est entourée d’une belle chaîne d’étoilettes à peine visibles formant un demi-cercle. L’ouverture du « C » est légèrement plus sombre que le reste, et la partie inférieure du C s’étend vers deux petites étoiles à droite (et semble s’estomper progressivement dans l’arrière-plan à droite de celles-ci). À gauche, on distingue à peine de la nébuleuse et des détails sombres à côté de deux petites étoiles, et en bas, une lueur vague à côté d’une autre étoile. Cet objet a vraiment besoin d’un ciel plus sombre : le filtre IDAS LPS-D3 atténue clairement une partie de la nébulosité, mais sans ce filtre, le contraste est insuffisant, car l’arrière-plan tout entier devient alors beaucoup plus clair. Comment quelqu’un peut-il y voir un bouton de rose reste pour moi un mystère.

 

Le prochain objet sur ma liste est de ceux qui font dire « tiens, je n’ai jamais essayé ça » et qui servaient de préparation à l’observation sous un ciel plus propice. Il s’agit de Sh2-204, la nébuleuse de la Crevette, mais la constellation de la Girafe est tout simplement encore beaucoup trop basse et se trouve dans une zone de pollution lumineuse. Je repère néanmoins  une  bande H-alpha en forme de grande parenthèse couchée plus brillante que le reste du ciel, puis je confirme l'endroit en recoupant le champ d'étoiles (après coup, inutile de "voir" l'objet en imagination détournée). C’est vraiment un objet à observer sous un ciel plus sombre (et à une autre saison ; cette nuit-là, le jour se lève trop tôt pour voir l’objet suffisamment haut), mais en attendant, je sais déjà où il se trouve.
 

Les nébuleuses Sh autour de NGC 6820 seront le « clou du spectacle » de la nuit.

 

Avec l’H-alpha et le plus faible grossissement, on remarque à quel point il y a en réalité beaucoup de nébuleuse autour de la nébuleuse principale Sh2-86. La nébuleuse elle-même est riche en OIII, avec un vide central sombre (à la manière de nébuleuse de la Rosette); du côté est, la nébuleuse vous fait un doigt d’honneur (avec, au sud de celle-ci, un doigt d’honneur d'un gosse qui accompagne, tout juste visible à 100x), partant d’une nébuleuse sombre (Dobashi 2044). À l’est de celle-ci, un arc qui rappelle la couronne de la nébuleuse du Pélican (Du 28), et au nord et à l’ouest, une longue rangée de nébuleuses sombres assez grandes qui séparent la nébuleuse principale d’une nébuleuse H-alpha pure (beaucoup plus visible en H-alpha qu’avec un filtre double bande) ; certaines de ces tâches ont également été nommées (du sud vers le nord Dobashi 2039, 2041, ?, ?, 2045). J’ai mis deux points d’interrogation, car, curieusement, les taches sombres les plus frappantes de la rangée n’ont pas de numéro de catalogue. Vers le sud-ouest, dans Sh2-86, on trouve la minuscule et extrêmement brillante NGC 6820 (mieux visible avec l’IDAS LPS-D3), puis, bien plus loin, une région HII plus floue (qui ne brille qu’en H-alpha), isolée du reste, qui n’a apparemment pas mérité de nom.
 

En double bande, une petite surprise au sud-est : une petite tache informe qui, après confirmation avec uniquement l’OIII, est tout juste visible comme légèrement plus brillante que l’arrière-plan (mais qui mériterait en réalité un ciel bien plus sombre) ; même en double bande, on ne percevait qu’un vague indice d’éclaircissement. Il s'avère qu'il s'agit de Kronberger 9, une nébuleuse planétaire qui n'a été découverte qu'en 2005 ! Un véritable casse-tête (sans filtres, aucune chance, car elle est à peine plus lumineuse que la Voie lactée à cet endroit, et sans intensificateur, il ne reste pas assez de lumière si on prend un filtre OIII super aggressif), mais encore une fois… au moins, je sais désormais où elle se trouve.

 

Un peu plus au nord-est, on suit l’arc de Du 28 jusqu’à Sh2-87, une nébuleuse aux contours flous en forme de ❤️ entourée de quelques nuages H-alpha, puis la très belle et assez brillante Sh2-88 (enfin 'assez brillante' avec intensificateur plus filtre H-alpha), qui rappelle un peu la nébuleuse de la Tulipe (sans les « étamines » : il n’y a qu’un petit arc sombre traversant une étoile brillante), avec à côté deux jolies petites nébuleuses distinctes ressemblant à deux cailloux : Sh2-88A (un petit cercle nébuleux autour d’une étoile légèrement excentrée, avec une partie manquante vers Sh2-88 et un arc légèrement plus lumineux presque au bord) et Sh2-88B (une petite ellipse 3:1 présentant, à fort grossissement, une encoche sombre, d’où les noms de catalogue B1 et B2).
 

Le véritable défi prévu pour la nuit était Sh2-114, le « Dragon volant » (désormais presque zénithal). Au début (plus petit grossissement, H-alpha), on ne voit qu’un petit arc ondulé près d’une rangée d’étoilettes et, un peu plus loin, une petite tache (qui s’avére être Sh2-113). Après environ 15 minutes d’observation attentive, je parviens toutefois à suivre réellement les deux « ailes », l’une formant un arc parabolique, l’autre presque droite (du côté de Sh2-113). Les taches irrégulières qui devraient se trouver parallèlement à cette dernière aile, partant de Sh2-113, ne se détachent pas de l'arrière-plan ici à Honsem, mais dans les Ardennes ou à Grandpré, cela sera peut-être possible.

 

En me plantant pour naviguer,  je tombe par hasard sur la magnifique Sh2-119, la nébuleuse de la Palourde, qui se trouve à proximité et couvre un nombre ridiculement élevé de champs d'image (en réalité, c'est plutôt du pain bénit pour un plus petit télescope).
 

Le jour commence à poindre, je jette donc un dernier coup d’œil à la nébuleuse en Croissant (NGC 6888) et j’essaie de repérer quelques objets dans les environs. La nébuleuse de la Bulle de savon est totalement impossible à distinguer (je ne m’attendais d’ailleurs pas à y parvenir), Sh2-104, un peu plus loin dans la même direction, est une très belle mini-nébuleuse de la Rosette, et j’essaie alors de voir si WR-134 est reconnaissable, et, en effet, j’arrive même à distinguer la partie la plus brillante de l’arc OIII, qui est même clairement divisé en deux à l’une de ses extrémités. Mais bon, on la voit surtout parce qu’il y a justement peu de H-alpha entre l’étoile WR et l’arc (le H-alpha repart au niveau de l’étoile elle-même).


Le dernier objet (il est désormais 3 h 45) est Sh2-124 (il faut déplacer légèrement la plate-forme pour ne pas l’avoir trop au zénith), avec le surnom presque intraduisible « Almost Nothing Nebula », qui, avec un filtre H-alpha, ne fait absolument pas honneur à son nom et constitue en réalité un magnifique objet à dessiner qu’il vaudrait mieux appeler « nébuleuse bifide » (avec une bande sombre en forme de '∫' ). La nébuleuse principale, de forme circulaire, est délimitée d’un côté par des taches sombres, avec de l’H-alpha de l’autre côté ; de l’autre côté, elle s’estompe progressivement dans un H-alpha plus clairsemé. L’H-alpha plus clairsemé autour de la nébuleuse principale forme un gigantesque D (ce qui donnerait « Even Less than Almost Nothing » ?) avec la nébuleuse principale d’un côté.
 

Voilà, 3 h 56, et la Voie lactée s’estompe dans l’aube naissante tandis que la coupole lumineuse de Bruxelles éclaire les nuages bas qui s’approchent. Lorsque je pars en voiture, le ciel est complètement couvert… un timing parfait.


--
°Je laisse à Joko le soin faire de la réclame sur ses schmilblicks, je ne citerai donc pas de nom ;-). 

  • J'aime 6
Posté (modifié)

Salut

Un beau croa qui me donnerait presque envie de m'équiper 👍👏

Il y a 1 heure, sixela a dit :

Je laisse à Joko le soin faire de la réclame sur ses schmilblicks, je ne citerai donc pas de nom ;-).

🤔 Dommage, je me mets à la place d'un débutant qui passe par là ou de quelqu'un qui ne connait pas bien le forum, il ne saura pas de quoi tu parles 🫤

😉

Modifié par polorider
Correction de la grammaire et de l'orthographe
  • J'aime 1
Posté

Intéressant, c'est chouette !
"Almost nothing nebula" : je ne connaissais pas, nom très évocateur ! :D:p

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