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L'historique des éphémérides astronomiques.


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L'historique des éphémérides astronomiques.

 

Bonjour à toutes et bonjour à tous, :)

 

Je vous propose aujourd'hui de nous pencher sur l'historique des recueils contenant des éphémérides astronomiques : depuis quand existent-ils ? Dans quel pays sont-ils apparus ? Quelle a été leur évolution ?

 

Tout d'abord, une définition : qu'est-ce qu'une "éphéméride" ? Le célèbre "Dictionnaire de la langue française" d'Émile Littré (tome deuxième, paru en 1883) en donne à la page 1458 la définition suivante (voir : http://archive.org/stream/dictionnairedela02littuoft#page/1458/mode/1up) :

 

« ÉPHÉMÉRIDES (é-fé-mé-ri-d'), s.f.plur. 1° Tables astronomiques par lesquelles on détermine, jour par jour, le lieu de chaque planète dans le zodiaque.

(...)

― REM. Ce mot est masculin dans le Dictionnaire de l'Académie de 1762 et dans d'autres dictionnaires. Voltaire a dit : « On leur doit [aux Brahmanes] les premiers éphémérides. » Mais Ferau et d'autres le font féminin, genre adopté par l'Académie en 1835 et conforme au genre de ce mot en latin et en grec. »

 

Des recueils de prédictions diverses liées au calendrier, appelés almanachs ou éphémérides existaient dès le début du XIVème siècle. Ces almanachs, réalisés à la main par des copistes dans les très grandes villes d'Europe, paraissaient chaque année et indiquaient surtout ce qui intéressait le peuple agricole, à savoir pour chaque jour les horaires (en temps solaire vrai) des levers et couchers du Soleil, les levers et couchers de la Lune ; en plus figuraient les dates des "quartiers" de la Lune (Nouvelle Lune, Premier Quartier, Pleine Lune et enfin Dernier Quartier). Figuraient en plus les périodes de la visibilité des planètes, leurs conjonctions, et enfin les dates des éclipses. Ces almanachs ou éphémérides destinés au peuple agricole étaient basés sur les assez récentes (elles dataient en effet de 1272) "Tables Alphonsines" (car réalisées sur l'ordre du roi d'Espagne Alphonse X de Castille), mettant à jour les "Tables de Tolède" (parues vers 1080). A titre d'information, ces "Tables Alphonsines" arrivèrent à Paris en 1320.

 

Voici comment se présentaient les "Tables Alphonsines" manuscrites :

 

 

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La première édition imprimée des "Tables Alphonsines" a été réalisée à Venise en 1483.

 

Voici comment se présentaient les "Tables Alphonsines" impimées :

 

 

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Il semble que l'ouvrage le plus ancien qui mérite le titre d'éphémérides astronomiques soit le livre, en latin, publié à Nuremberg par Jean Müller (1436-1476), alias Regiomontanus, en 1474 (donc deux ans seulement avant sa mort) sous le titre de "Kalendarium". On y trouve la situation des planètes (de Mercure à Saturne) dans le ciel, leurs aspects, et les prédictions des éclipses solaires et lunaires par l'ombre depuis l'an 1475 jusqu'à l'année 1531 (donc pendant 57 ans !!!...).

 

Grâce au site américain de numérisation des archives "Achive.org" (http://archive.org/details/texts), vous pourrez consulter la numérisation, en couleur !!!..., de ce "Kalendarium" de Regiomontanus dans une édition parue en 1482 : http://archive.org/stream/OEXV540_P1#page/n10/mode/1up. En réalité, comme nous le verrons plus loin il s'agit en fait du "Kalendarium novum".

 

 

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La liste des éclipses lunaires et solaires (entre 1483 et 1530) est visible aux pages 37 à 44 : http://archive.org/stream/OEXV540_P1#page/n37/mode/1up.

 

 

Voici par exemple les deux pages (37 et 38) représentant les douze éclipses (7 éclipses lunaires et 5 éclipses solaires) entre 1483 et 1491,

 

 

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C'est Mathias, roi de Hongrie, qui fut à l'origine de la parution de ce "Kalendarium" pour lequel il versa une somme considérable pour l'époque de huit cents écus d'or !!!... Chaque exemplaire de ce "Kalendarium" fut vendu pour la coquette somme de douze écus d'or chaque exemplaire. Cependant, malgré ce prix assez prohibitif, l'ouvrage de Regiomontanus eut un immense succès dans toute l'Europe et fut très rapidement épuisé. Deux ans après sa parution, en 1476 (donc l'année même de sa mort) Regiomontanus fit paraître une nouvelle édition sous le titre de "Kalendarium novum". Après le décès de l'auteur (le jeudi 4 juillet 1476 à Rome, à l'âge de 40 ans seulement ; il était né en effet le mercredi 6 juin 1436 à Unfinden, près de Königsberg, en Bavière) pas moins de six réimpressions furent réalisées : en 1482, 1483, 1485, 1489, 1495 et enfin en 1499. Toutes les éditions du "Kalendarium" et du "Kalendarium novum" furent imprimés à Nuremberg, en Bavière, par un ami de Regiomontanus, Bernard Walter, riche amateur d'astronomie qui avait établi à ses frais une imprimerie spécialement dédiée à cette tâche.

 

Notons que Regiomontanus a utilisé pour ses éphémérides dès 1474 la récente invention de Johannes Gensfleisch (alias Gutemberg) qui datait de seulement vingt ans (en 1454) : l'imprimerie.

 

Avant Regiomontanus y avait-il déjà des éphémérides ? Bien sûr que oui, mais ces ouvrages, rédigés manuellement par des copistes, étaient très défectueux et ne couvraient qu'une courte période... Parmi ceux-ci il faut citer les "Tabulæ astronomicæ et Ephemerides" de Salomon Jarcus qui datent de 1150. Très longtemps ensuite, Georg von Peuerbach (1423-1461), qui fut le "Maître" de Regiomontanus, a composé de 1450 à 1461 (donc pendant douze années) un "Almanach perpetuum pro omnibus planetis and plures annos".

 

Les "Kalendarium" de Regiomontanus eurent un tel succès en dehors de l'Allemagne, notamment en Italie, en France, en Hongrie, en Grande-Bretagne, en Espagne et au Portugal, que des astronomes de ces pays voulurent en calculer de semblables. Le Père Johannes Stöffler (1452-1531), professeur de mathématiques et astronome à l'université de Tübingen (Bade-Wurtemberg) publia en 1482, sans indication de lieu, un "Almanach nova plurimis annis venturis inserentia" pour une période de 36 ans (de 1482 à 1518). Cet "Almanach" fut ensuite étendues jusqu'à 1550 et réimprimé plusieurs fois (13 éditions en tout) en Allemagne et en Italie.

 

Dans l'édition de 1513 de son "Almanach" le Père Johannes Stöffler, qui était également astrologue bien que prêtre, n'avait pas craint d'indiquer qu'il y aurait le samedi 20 février 1524 un grand déluge qui entraînerait la fin du monde !!!... Déjà !... :D :D :D Ceci à cause de 20 conjonctions planétaires l'année précédente... :confused:

 

Ensuite, un médecin espagnol de Barcelone Bernardo de Granolachs publia en 1487 (ou en 1488 ?) l'ouvrage "Sumario en el qual se contienen las conjonciones y opposiciones, los eclipses de Sol et Luna, fiesta mobile desde el anno 1488 hasta 1550".

 

D'autres éphémérides furent publiées en Europe (surtout à Vienne en Autriche) durant le 16ème siècle. Il serait fastidieux de les citer toutes. Au début du 17ème siècle parurent à Londres (très précisément en 1609) les "Ephemeris from the year 1609 to the year 1617" (ouvrage in-quarto) de John Searle. Ce fut la toute première éphéméride anglo-saxonne. Et puis, en 1616 le célèbre Johannes Kepler publia lui aussi ses éphémérides "Ephemerides novæ motuum cœlestium ab anno 1617" (ouvrage in-quarto) qui couvrait les douze années de la période 1617 à 1628. Une seconde édition parut en 1628 couvrant les huit années entre 1629 et 1636. Cette seconde édition des éphémérides "kepleriennes" fut la toute première à utiliser les données des toutes nouvelles "Tables Rudolphines" publiées par Johannes Kepler en 1627.

 

 

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Et en France ? Me direz-vous. Eh bien, les premières éphémérides françaises furent publiées à Paris en 1641 par Natalis Duret (1590-1650) qui était professeur de mathématiques à Monbrison, actuel département de la Loire, sous le titre de "Ephemerides motuum cœlestium Richelianœ, ab anno 1637 ad annum 1651" couvrant les 15 années entre 1637 et 1651 ; ces éphémérides étaient dédiées à Armand-Jean du Plessis, Cardinal de Richelieu (Principal Ministre du Roi de France Louis XIII), d'où leur titre. Elles furent construites d'après les tables astronomiques de Philippe Langsberg (1531-1632), mathématicien et astronome belge, parues en 1632 à Middelburg (une seconde édition des Tables de Philippe Langsberg est parue en 1653) sous le titre de "Tabulae motuum caeleslium perpetuæ" . En 1647 Natalis Duret fit paraître à Londres un "supplément" à ses éphémérides "Richeliennes".

 

Notons qu'en 1662 parurent à Londres les très célèbres "Ephemerides motuum cœlestium" de l'astronome polonais Johann Hecker (1625-1675) qui couvraient les 14 années entre 1666 et 1680. Ces éphémérides étaient calculées d'après les données des "Tables Rudolphines" de Johannes Kepler ; elles étaient si exactes qu'elles furent les seules dont se servir les astronomes européens jusqu'en 1680.

 

Voyant que les éphémérides de Johann Hecker allaient bientôt être périmées Jean Picard sollicita de Louis XIV l'autorisation de fonder une nouvelle revue d'éphémérides. Le souverain ayant donné son accord Joachim Dalancé en calcula la suite dans un petit volume de 84 pages (in-12) pour l'année 1679 basé sur le méridien de Paris. Il décida de l'appeler "La Connaissance des Temps, ou calendrier et Ephémérides du lever et du coucher du Soleil, de la Lune et des autres planètes, avec les éclipses pour l'année 1679, calculées sur Paris, et la manière de s'en servir pour les autres élévations, avec plusieurs autres Tables et Traités d'astronomie, de physique et des éphémérides de toutes les planètes en figures." Cet ouvrage était imprimé à Paris chez Jean-Baptiste Coignard, imprimeur du Roi, rue Saint-Jacques, à la Bible d'Or. Les données figurant dans la "Connaissance des Temps" pour 1679 et pour les volumes suivants étaient calculées selon les "Tables Rudolphines" de Johannes Kepler.

 

"La Connaissance des Temps" est à l'heure actuelle le recueil d'éphémérides astronomiques le plus ancien dans le monde qui parait toujours. L'édition pour 2013 (qui devrait paraître début janvier 2013) sera la 335ème !... :o :o :o

 

 

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Depuis 1795 c'est le Bureau des Longitudes qui assure les calculs et la parution de "La Connaissance des Temps". En plus, il en fait paraître, depuis 1796 sans interruption jusqu'à ce jour, une version davantage "grand public" qui s'appelle "L'Annuaire du Bureau des Longitudes". L'édition pour 2013 (déjà parue depuis le début novembre 2012) est la 218ème de "L'Annuaire du Bureau des Longitudes".

 

 

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Voilà, pour terminer notre voyage dans le temps consacré à l'historique des éphémérides je vous redonne le lien Internet (que j'avais déjà indiqué dans mon sujet sur Webastro "Les articles astronomiques anciens contenus dans la La Connaissance des Temps ou des Mouvements Célestes” " : http://www.webastro.net/forum/showthread.php?t=79413) qui vous permettra de visualiser le plus ancien exemplaire de "La Connaissance des Temps" numérisé par l'excellent site américain "archive.org" : l'exemplaire pour 1710, paru en 1709 : http://www.archive.org/stream/connaissancedes28longgoog#page/n4/mode/1up.

 

 

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Si cela vous intéresse, je pourrais également évoquer l'historique des deux annuaires astronomiques anglo-saxon qui ont toujours concurrencé "La Connaissance des Temps" :

 

● l'annuaire astronomique britannique "Nautical Almanac" qui est paru pour la première fois en 1776 ;

 

● l'annuaire astronomique américain "The American Ephemeris and Nautical Almanac" qui est paru pour la première fois en 1855.

 

En 1958 (volume pour l'année 1960) les deux annuaires astronomiques britannique et américain ont fusionné pour n'en former désormais qu'un seul : "The Astronomical Almanac".

 

Roger le Cantalien. :rolleyes:

 

PS : pour réaliser ce sujet j'ai surtout utilisé deux documents :

 

● le livre de Abel Souchon (membre adjoint du Bureau des Longitudes attaché à la rédaction de la Connaissance des Temps) paru en 1883 intitulé "Traité d'Astronomie Pratique, comprenant l'exposition du calcul des Éphémérides Astronomiques et Nautiques" : http://archive.org/stream/traitdastronom00soucuoft#page/n8/mode/1up

 

● le livre de Jérôme Lefrançois de Lalande (qui fut directeur de l'Observatoire de Paris entre 1795 et 1800 ; et qui fut responsable de "La Connaissance des Temps" entre 1760 et 1765, puis entre 1794 et 1807) paru en l'an XI de la République -1803- intitulé "Bibliographie astronomique ; avec l'histoire de l'Astronomie depuis 1781 jusqu'à 1802" : http://archive.org/stream/bibliographieast00lala#page/n6/mode/1up.

Edited by roger15
rectification d'une erreur de frappe...
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Très intéressant Roger, mais, j'oserai dire, un peu incomplet...

 

En effet, ne pourrait-on pas qualifier d'éphéméride toute façon de prédire le mouvement des astres connus à une époque donnée?

Alors certes, ça limite rapidement au soleil et à la lune, mais ça s'étend à d'autre support que des supports écrits, je pense...

 

 

Il me semble que les précolombiens étaient tout à fait capable de prévoir les éclipses, que l'astronomie chinoise le faisait également bien avant le XIVème siècle, et que sans aller chercher bien loin, la machine d'Anticythère avait également cette faculté.

 

Dès lors, parler d'"historique" me semble un peu abusif...

Mais bravo pour tes articles toujours très bien documentés. :)

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Roger,

 

il y a pas mal de tables avant les ''Tables tolédanes'' de l'Andalou al-Zarqali. Les premières Tables connues pourraient alors être celles révélées lors des conquêtes de l'Égypte et de la Chaldée par Alexandre le Grand. Ces Tables astronomiques concernent le Soleil et la Lune, et elles remontent à l'époque d'Assourbanipal (bibliothèque de Ninive). Qu'en penses-tu ?

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Bravo Roger :), moi, je trouve ton historique super :p. Tu as fait fort avec les vieilles illustrations.

 

Et ton texte m'a réappris quelque chose : Gutemberg a inventé l'imprimerie et utilisé la typographie en 1454 :o, ce qui a permis évidemment la diffusion des connaissances et, en particulier, des éphémérides astronomiques.

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Il me semble que les précolombiens étaient tout à fait capable de prévoir les éclipses, que l'astronomie chinoise le faisait également bien avant le XIVème siècle, et que sans aller chercher bien loin, la machine d'Anticythère avait également cette faculté.

Bonjour Lasilla, :)

 

Justement, à propos de Christophe Colomb, une éclipse de Lune (que les indiens précolombiens ignoraient) lui a sauvé la vie. Patrick Rocher, de l'IMCCE, écrit ceci à son propos (http://media4.obspm.fr/public/AMC/pages_eclipses-lune/stlp-eclipses-lune-historiques.html) :

 

« L'éclipse de Colomb

 

Cette éclipse totale de Lune (m=1,097) eu lieu le 29 février de l'an 1504. Lors de son quatrième voyage Christophe Colomb, échoua sur les côtes de la Jamaïque. Suite à la mutinerie d'une partie de son équipage qui déroba une partie de ces réserves, Christophe Colomb se trouva à court de vivres, les indiens refusant de l'approvisionner. Christophe Colomb prédit aux indiens une éclipse totale de Lune trois jours avant sa venue et la présenta comme un signe céleste du mécontentement du Dieu des chrétiens. L'éclipse eu lieu effectivement la nuit du 29 février et fut, nous dit Christophe Colomb, d'un rouge sombre. Fortement impressionnés par ce phénomène céleste, les indiens ravitaillèrent Christophe Colomb et son équipage jusqu'à l'arrivée des secours, quatre mois plus tard. Christophe Colomb ne cite pas ses sources pour la détermination de cette éclipse. À cette époque trois sources étaient possibles : les éphémérides et Calendarium de Regiomontanus (pour Nuremberg), l'Almanach Perpetuum d'Abraham Zacuto (pour Salamanque) et enfin le Lunarium de Bernard Granollachs (pour Barcelone). Christophe Colomb a vraisemblablement utilisé le Calendarium de Regiomontanus. La Lune se lève éclipsée, C. Colomb va mesurer la durée de l'éclipse, cinq sabliers depuis le coucher du Soleil, et va en déduire la longitude du lieu. Dans le calcul de cette longitude, il va commettre une erreur importante de 37°. »

 

C'est de cette anecdote que s'est inspiré le dessinateur belge Hergé pour son album "Le temple du Soleil", mais avec une éclipse de Soleil et non de Lune (voir :http://eclipse-91600.e-monsite.com/pages/partie-3/tintin-et-le-temple-du-soleil.html). ;)

 

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il y a pas mal de tables avant les ''Tables tolédanes'' de l'Andalou al-Zarqali. Les premières Tables connues pourraient alors être celles révélées lors des conquêtes de l'Égypte et de la Chaldée par Alexandre le Grand. Ces Tables astronomiques concernent le Soleil et la Lune, et elles remontent à l'époque d'Assourbanipal (bibliothèque de Ninive). Qu'en penses-tu ?

Bonjour Ecliptic, :)

 

J'en pense qu'effectivement il a dû y avoir bien d'autres Tables astronomiques avant les "Tables Alphonsines" et les "Tables de Tolède". Mais mon sujet concernait, je pense que tu l'as remarqué, les "éphémérides astronomiques", et celles-ci ont été alors largement diffusées à travers l'Europe d'abord, puis dans les autres continents ensuite, lorsque est apparue l'imprimerie.

 

Roger le Cantalien. :rolleyes:

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Guest Julie Charland

 

« L'éclipse de Colomb

 

Cette éclipse totale de Lune (m=1,097) eu lieu le 29 février de l'an 1504. Lors de son quatrième voyage Christophe Colomb, échoua sur les côtes de la Jamaïque. Suite à la mutinerie d'une partie de son équipage qui déroba une partie de ces réserves, Christophe Colomb se trouva à court de vivres, les indiens refusant de l'approvisionner. Christophe Colomb prédit aux indiens une éclipse totale de Lune trois jours avant sa venue et la présenta comme un signe céleste du mécontentement du Dieu des chrétiens. L'éclipse eu lieu effectivement la nuit du 29 février et fut, nous dit Christophe Colomb, d'un rouge sombre. Fortement impressionnés par ce phénomène céleste, les indiens ravitaillèrent Christophe Colomb et son équipage jusqu'à l'arrivée des secours, quatre mois plus tard. Christophe Colomb ne cite pas ses sources pour la détermination de cette éclipse. À cette époque trois sources étaient possibles : les éphémérides et Calendarium de Regiomontanus (pour Nuremberg), l'Almanach Perpetuum d'Abraham Zacuto (pour Salamanque) et enfin le Lunarium de Bernard Granollachs (pour Barcelone). Christophe Colomb a vraisemblablement utilisé le Calendarium de Regiomontanus. La Lune se lève éclipsée, C. Colomb va mesurer la durée de l'éclipse, cinq sabliers depuis le coucher du Soleil, et va en déduire la longitude du lieu. Dans le calcul de cette longitude, il va commettre une erreur importante de 37°. »

 

Merci Roger pour l'historique et aussi pour cette anecdote de Christophe Colomb qui mit à profit cette connaissance astronomique pour obtenir l'aide des Amérindiens. J'ignorais cette histoire.

 

:wub:

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Toujours très intéressant Roger, Merci.

 

Quelles différence y a-t-il entre les tables et les éphémérides ?

 

Les deux ensembles se présentent toujours de la même façon : des listes des chiffres.

Les éphémérides, comme tu l'as dit, donnent au jour le jour, c'est l'étymologie même du mot éphéméride (qui dure un jour), les positions des astres sur la sphère céleste. Ces ensembles ont une durée de vie très limitée en général de quelques années, voire quelques dizaines d'années. Ces éphémérides sont calculées à partir de tables.

 

Les tables, elles, ne donnent jamais la position des astres sur la sphère céleste mais donnent les moyens de calculer leur position selon un système bien défini.

L'antiquité a certainement connu beaucoup de tables mais les plus célèbres sont celles établis par Ptolémée dans l'Almageste (3e siécle). Elles sont construites conformément au système dit de Ptolémée qu'il décrit précisément dans son livre.

Les tables de Tolèdes sont construites sur le système de Ptolémée, ainsi que les tables dites Alphonsines.

Il faut citer les tables Pruténiques construites sur le système de Copernic : les planètes décrivent des cercles autour du soleil.

Enfin, les tables Rudolphines construites sur le système de Kepler : planètes décrivant des ellipses autour du soleil.

A partir de l'époque de Newton et de l'avènement de l'astronomie mathématique les choses se compliquent car il faut faire intervenir les perturbations des corps célestes entre eux de sorte que les calculs donnent directement les positions des corps célestes au dates demandées: on obtient directement des éphémérides.

 

En général, les anciennes tables avaient, en théorie, une durée de vie infinie, puisque les mouvement des astres étaient considérés comme périodiques, mais en pratique, les éphémérides qu'elles permettaient de construire devenaient vite fausses. Pour deux raisons, la première, parce que la théorie sur laquelle les tables étaient basées était fausse, la seconde, parce que les positions initiales des astres utilisées pour démarrer les tables étaient très approximatives.

La fausseté grossière des éphémérides construites sur un certain type de tables encourageait les astronomes à en concevoir d'autres.

Edited by Jean-ClaudeP
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Guest Julie Charland

Bonjour Roger,

 

J'ai déjà posté un quizz sur les ruines de Newark.

Je suis assez d'accord avec les remarques de syncopatte disant que c'est un peu tiré par les cheveux mais peut-être s'agit-il vraiment d'éphémérides très ancien(ne)s ?

 

Voici le quizz en question :

 

 

 

Un nouveau quizz pour les amateurs d'archéo-astronomie:

 

Disposition de figures géométriques en terre montrant les heures de sommeil et d'éveil de notre satellite et servant à le vénérer.

 

Je viens de voir les heures des dernières modifications des interventions de VNA et de YUI et c'est VNA qui a trouvé le premier.

 

Oui! Les ruines de Newark!:1010:

 

Bravo VNA:)

 

j'ai trouvé ceci:

 

Alors il s'agit selon les gars d'alignements avec les levers/couchers de pleine Lune, précisant les minima et maxima nord et sud (suivant un cycle de 18 ans et quelques)

 

 

 

(Image miniaturisée par moi-même de celle originale de Patte) :

 

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Serais-je sauvage moi-même, voulant illustrer cela, j'aurais construit suivant une logique toute autre.

Je trouve l'histoire un peu tiré par le scalp, mais en effet, on pourrait parler de coïncidence troublante...

De là à affirmer l'exactitude de la démonstration, chais pô mais je ne mettre pas ma main au feu.

 

Toujours est-il que cela a été bien récupéré par le new-age, par ceux qui s'opposent au golf, par ceux qui en font une attraction touristique avec les gains que cela engendre.

Dans ce contexte il est difficile de séparer le bon grain de l'ivraie.

 

Patte.

 

PS Aah ces ricains, savent pas mettre en plus grand tant qui s'y sont?

 

Patte, parce que mon intervention ne cadrait pas, ton image étant trop grosse, je l'ai copié-collé sur mon ordi et, par casimage, j'ai pris la version miniaturisée.

Edited by Julie Charland
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Quelles différence y a-t-il entre les tables et les éphémérides ?

 

Les deux ensembles se présentent toujours de la même façon : des listes des chiffres.

Les éphémérides, comme tu l'as dit, donnent au jour le jour, c'est l'étymologie même du mot éphéméride (qui dure un jour), les positions des astres sur la sphère céleste. Ces ensembles ont une durée de vie très limitée en général de quelques années, voire quelques dizaines d'années. Ces éphémérides sont calculées à partir de tables.

 

Les tables, elles, ne donnent jamais la position des astres sur la sphère céleste mais donnent les moyens de calculer leur position selon un système bien défini.

Bonjour Jean-Claude, le Rémois, :)

 

Merci pour tes judicieuses remarques sur la différence entre les éphémérides et les tables. :)

 

Je vais t'indiquer quelques pages de l'ouvrage de Jean-Baptiste Delambre (qui fut directeur de l'Observatoire de Paris entre 1804 jusqu'à son décès en 1822) "Histoire de l'Astronomie au Moyen-Age" paru en 1819, et qui a fort heureusement été numérisé par "GoogleBooks" : http://books.google.fr/books?id=zceNcM0k73gC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false. Ainsi, tu pourras sans doute nous donner quelques explications (dans un langage pas trop technique s'il te plait ;) ) sur les différentes "Tables" qu'évoque Jean-Baptiste Delambre.

 

● A la page 76 (Livre premier, Chapitre IV) il évoque le sheikh Ebn Jounis qui a écrit "La Grande Table Hakémite". De la page 121 à la page 156 Delambre analyse d'un point de vue mathématique cette "Grande Table Hakémite" dans un très long passage intitulé "l'idée des Tables contenues dans ce manuscrit".

 

● De la page 175 à la page 179 (Livre premier, Chapitre IV) Delambre évoque Arzachel qui serait l'auteur des "Tables de Tolède".

 

● A la page 204 jusqu'à la page 211 (Livre premier, Chapitre VII) Delambre évoque Ulugh Beigh qui a écrit "Les Tables Sultaniennes" qui parurent en 1437, mais que Ulugh Beigh améliora sans cesse jusqu'à sa mort en 1449.

 

● A la page 248 jusqu'à la page 228 (Livre second, Chapitre I) Delambre évoque "Les Tables Alphonsines" qui parurent en 1252, et qui seraient l'œuvre du rabin Isaac Aben Sid, surnommé Hazan, inspecteur de la synagogue de Tolède.

 

● A la page 259 jusqu'à la page 261 (Livre second, Chapitre I) Delambre évoque Johannes Blanchini qui fit paraître à Venise en 1495 "Les Nouvelles Tables du Mouvement Céleste".

 

● A la page 288 jusqu'à la page 365 (Livre second, Chapitre I) Delambre évoque très longuement Regiomontanus qui fit paraître en 1467 "Les Tabulæ Directionum" hélas destinées aux astrologues !...

 

Roger le Cantalien. :rolleyes:

Edited by roger15
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Passionnant sujet ! :) Merci Roger pour cet article qui a dû représenter pas mal de boulot !

 

Je me demande si, de nos jours, ça a toujours un grand intérêt de publier des éphémérides sur papier sachant qu'il y a des sites Web et des logiciels qui donnent les infos...

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En ce qui concerne les tables de Tolèdes, attribuée à l'astronome arabe espagnol Al-Zarquali, les spécialistes s'accordent pour dire qu'elle sont assez décevantes du point de vue de leur originalité. En effet, elles donnent l'impression d'avoir été compilées à partir de matériels théoriques venant d'un peu partout. Il n'en est pas de même des tables Alphonsines dont le mode d'emploi fait preuve d'une originalité calculatoire certaine qui permet de faire sans effort et pour ainsi dire automatiquement tous les calculs permettant d'obtenir la position d'un astre à une époque donnée.

 

Delambre évoque "Les Tables Alphonsines" qui parurent en 1252, et qui seraient l'œuvre du rabin Isaac Aben Sid, surnommé Hazan, inspecteur de la synagogue de Tolède.

Je profite de tes remarques Roger pour apporter quelques renseignements sur ces fameuses tables Alphonsines. Elles sont depuis quelques années au cœur d'une polémique au sujet de leur paternité. Depuis leurs parutions elles ont été considérées comme réalisées sous le patronage du roi Alphonse X le Sage de Castille. Or Emmanuel Poulle, spécialiste des écrits latins du Moyen-Age et historien de l'astronomie de cette époque a exposé un certain nombre d'arguments(*) pour montrer que ces tables, qui sont apparus à Paris vers 1320, seraient, en fait, l’oeuvre de 3 astronomes parisiens du début du 14e siècle à savoir Jean de Murs (connu aussi comme Musicien), Jean de Lignière et Jean de Saxe. Ce sont ces mêmes parisiens qui en signant un faux littéraire auraient attribué au roi Alphonse X la paternité de ces tables. C'est un procédé qui était assez courant au Moyen-Age de publier un texte et de l'attribuer faussement à une personne connue.

 

(*) Jean de Murs et les tables alphonsines dans Archives d'histoire doctrinale et littéraire du Moyen-Age, t. 47, 1980.

Les tables Alphonsines avec les canons de Jean de Saxe, édité par E Poulle, 1984.

Edited by Jean-ClaudeP
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